ÉTAT DE LA DIASPORA AFRICAINE : AUDACE OU IMPOSTURE ?

Par Kag SANOUSSI (*)                                           

Invité pour assister à la présentation parisienne de l’Etat de la Diaspora Africaine (EDA) le 24 octobre dernier à Paris, il me semble aujourd’hui nécessaire de tirer quelques enseignements.

Tout d’abord, j’ai tendance à féliciter et à encourager les personnes qui osent, qui agissent. En agissant, elles se mettent en position d’être critiquées, et elles peuvent réussir ou échouer. Le mérite va à l’action, car si l’on ne tente pas, si l’on n’ose pas, il n’y a quasiment aucune chance de succès.

Sur ce plan, je pense que les initiateurs de l’Etat de la Diaspora Africaine ont fait preuve d’une audace et ont conduit un projet ayant mobilisé plusieurs acteurs de la diaspora et d’afro-descendants.

Mais….

Et c’est là tout le problème.

La démarche interroge aussi bien pour sa transparence que sa légitimité. En effet, aux dires des responsables, un mandat leur aurait été donné par l’ancien président de l’Union Africaine (UA), le Président Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz (30 janvier 2014-30 janvier 2015). Depuis 5 présidents se sont succédé à la tête de l’UA et il n’y a visiblement pas eu ni confirmation, ni dénonciation dudit mandat.

Beaucoup d’acteurs de la diaspora ne se  sont pas sentis concernés par cette initiative, certes louable, mais qui semble se dérouler sans eux, mais pour eux ou tout au moins en leur nom.

La non reconnaissance de l’Union Africaine est expliquée avec pédagogie comme un processus en cours. En clair, il serait demandé aux responsables de l’EDA de se faire reconnaître par quelques pays avant une reconnaissance de l’UA.

Et les interrogations légitimes fusent:

  • Si c’était une demande  de l’UA, pourquoi n’a-t-elle pas reconnu directement l’EDA?
  • Pourquoi l’UA attendrait la reconnaissance de l’EDA par certains de ses membres avant de se prononcer ?
  • Pourquoi la majeure partie des acteurs de la diaspora découvre-t-elle seulement le projet maintenant ?
  • Quels canaux les initiateurs ont-ils utilisés pour  informer, consulter, associer les acteurs de la diaspora, les organisations de la diaspora, les hauts conseils existants, etc. ?
  • Comment, par qui et par quel procédé ses membres ont-ils été désignés  Premier Ministre, Ministres, Députés ?

De plus, même si la panoplie des projets présentés paraissent alléchants:

  • Une banque de la diaspora
  • Une compagnie aérienne de la diaspora
  • Un programme de télé médecine
  • Une plate-forme internationale pour des stages rémunérés
  • Etc.

La déclaration du Président de la banque africaine affirmant  qu’il s’agit en réalité d’un projet personnel et non celui de l’EDA, est sans doute le premier grand trouble de cette journée. Les  différents couacs qui ont suivi ont ainsi contribué malheureusement à jeter du discrédit patent sur la démarche qualifiée alors de supercherie.

Les explications et autres précisions apportés n’ont pour l’instant pas rassuré.

À la fin, d’une idée au demeurant très intéressante, l’image donnée s’apparente à celle d’une course aveugle vers une finalité incertaine.

Pour ma part, je suis convaincu qu’il sera mieux, pour les initiateurs de ce projet de le penser comme un projet privé qui ambitionne demain de rassembler une grande majorité des acteurs de la diaspora africaine et des afro descendants afin de parvenir à la création d’un État si tel est leur souhait.

Et si en réalité, il s’agissait d’une grande association dont le Président est appelé Premier Ministre, les membres du bureau,  Ministres et les membres du Conseil d’administration, députés ???

L’audace est une bonne chose. Mais la fin de toute chose valant mieux que son commencement, il y’a une urgence et une nécessité évidente de revoir le projet à l’aune des critiques et conseils formulés. Faute de quoi, il risque de traîner un discrédit profond sur son sérieux, sa légitimité, et de tomber en ras campagne, comme beaucoup d’autres initiatives antérieures.

(*)Kag SANOUSSI  est Expert en Intelligence Négociationnelle, et Président de l’Institut International de Gestion des Conflits, IIGC

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